Les verrières de l'Eglise Saint Ouen

Présentation

Les Romains, maîtres de la Gaule, avaient fait de Lisieux et de Lillebonne d'importante colonies... Ils relièrent les deux cités par une large voie... Le passage de la Risle par la Voie romaine donna naissance, au IIè siècle, à une ville-pont qui ne cessa de se développer au cours des âges. Au début du VIIIè siècle, elle est désignée sous le nom de « Deux Ponts ». Une masse imposante ! Au chevet, vers l'Est, un vestige de la primitive Eglise, du XIè siècle, avec sa tour-lanterne, du XIIIè siècle.

En façade, la tour Nord de la nouvelle église... Ce monument dont on entreprit la construction à la fin du XVè siècle et auquel on se proposait de donner la proportion d'une cathédrale est resté inachevé : les hautes fenêtres et les contreforts n'ont été qu'amorcés, le choeur n'a pas été édifié, la tour Sud n'a pu être montée plus haut que la souche.

L'imposante église Saint-Ouen de Pont-Audemer, bien que demeurée inachevée, s'inscrit au premier rang des monuments de l'architecture flamboyante normande. Les circonstances de sa reconstruction, qui débute vers 1480, sont bien documentées. Le maître maçon Michel Gohier, responsable de l'oeuvre en 1488, est remplacé en 1505 par Guillaume Morin et Thomas Theroulde, qui avaient auparavant travaillé pour l'église de Caudebec-en-Caux.

Intérieur de l'égliseCommencés par la façade, les travaux se poursuivent avec la construction des sept travées de la nef. En 1514, celle-ci, dont l'étage supérieur n'est qu'esquissé, est raccordé au choeur roman ; mais l'on cesse dès lors de travailler à son élévation, et le choeur projeté ne sera jamais bâti. Jusqu'en 1535, les comptes font état de l'achèvement des chapelles latérales, où, depuis 1515 environ, sont peu à peu posées les verrières. Vers 1550, le manque d'argent conduit à l'arrêt du chantier. Parmi les ultimes travaux notables, deux verrières sont ajoutées du côté Nord ; la dernière porte la date de 1556.

Placées dans les chapelles latérales, les quatorze verrières anciennes de l'église, qui présentent une grande diversité du fait de leur chronologie, de leurs sujets et de leur facture, se découvrent une à une. Elles ont fait trois fois au 19è siècle l'objet de notices détaillées (Delphine Philippe-Lemaître en 1853, Amand Montier en 1895, Louis Régnier en 1899) et Jean Lafond leur a consacré une part substantielle de son inventaire des vitraux de l'arrondissement publié en 1969 dans les Nouvelles de l'Eure. Cet ensemble demeure cependant moins connu que ceux de Conches ou de Louviers, bien que sa qualité et son état de conservation exceptionnel le placent parmi les plus importants sites vitrés du département.

Intérieur de l'égliseLes deux verrières les plus anciennes décoraient au 15è siècle l'église précédente. Les douze autres ont été conçues pour le nouvel édifice, offertes principalement par la bourgeoisie locale ou des confréries. Toutes ces oeuvres portent témoignage de la vitalité des ateliers de peinture sur verre implantés à Rouen, et Jean Lafond soulignait qu'elles complètent précieusement l'histoire du vitrail de la métropole normande, diocèse dont relevait du reste Pont-Audemer. Un document découvert en 1885 dans les archives de la Seine-Maritime prouve cette origine pour l'une d'elles : la vie de Saint Jean-Baptiste, réplique voulue par le donateur de l'une des verrière de Saint-Vincent de Rouen, a été commandée en 1535 au rouennais Mausse Heurtault.

Cet ensemble se caractérise aussi par l'originalité de son iconographie : il comporte plusieurs cycles rarement illustrés, comme ceux dédiés à Saint-Ouen, à Saint Mathurin ou à Saint Honoré. Citons encore une verrière rassemblant des sujets relatifs à l'Eucharistie, illustrant une littérature d'édification fondée sur le merveilleux, et une autre consacrée au thème de la Rédemption.

Intérieur de l'égliseEnfin, toutes ces verrières valent par leur conservation remarquable : l'ensemble a subi peu de pertes, à l'exception de parties des légendes des saints Vincent et Nicolas déjà mutilées vers 1830, et de la Mise au tombeau disparue accidentellement en 1913 et restituée en 1927 par l'atelier Gaudin. Nombre des panneaux sont pratiquement exempts de restaurations. Des travaux entrepris vers 1845 n'ont guère laissé de traces, éliminés par l'unique campagne importante, confiée entre 1888 et 1895 à l'atelier Duhamel-Marette. La teneur de cette restauration, somme toute discrète, peut être contrôlée grâce à des photographies prises avant dépose, conservées au Archives des Monuments historiques. On note encore des interventions ponctuelles de Maurice Muraire sur les baies 8 et 10, en 1902 et 1910. Jean-Jacques Gruber procède en 1935 à une remise en plombs générale, tout juste achevée en 1939, au moment de la mise à l'abri des panneaux anciens.

Après la Seconde Guerre mondiale, Max Ingrand replace les verrières anciennes sans intervention notable car elles étaient en bon état, et complète les baies 9 et 11. Ce peintre-verrier crée aussi un cycle marial et christique, pratiquement absent du programme iconographique ancien. Il adopte, pour la figuration propre à ces années d'après-guerre, des formes anguleuses, parfois désarticulées, soutenues par une harmonie colorée un peu sourde. Les nouvelles verrières prennent place dans le choeur et dans les baies de la façade.

Période d'ouverture

du lundi au samedi de 10h à 17h

Type d'établissement

Site et monument historiques

Classement officiel

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